Si on le compare avec ses voisins, le Chili n’est peut-être pas le pays le plus attirant d’Amérique du Sud pour l’observation d’oiseaux. Néanmoins, il possède quelques cordes à son arc en terme de birdwatching. C’est le premier pays que vous visitons dans notre long périple en Amérique du Sud. Nous arrivons à Santiago du Chili début juin pour arpenter le pays pendant deux mois. Cette fois-ci, nous n’avons pas notre propre véhicule. Notre itinéraire est donc forcément dépendant des transports en commun disponibles. De plus, avec ses 5000km du Nord au Sud, le Chili est un pays immense. Il nous faudrait plusieurs mois, et même plusieurs années, pour l’explorer en entier. Nous nous concentrons donc sur certaines parties accessibles et faisables en deux mois.

Du côté des oiseaux, nous n’avons pas forcément d’espèces cibles en tête. On préfère profiter de chaque espèce que l’on rencontre.

Santiago

Arrivée à Santiago du Chili. Capitale du pays et probablement élue ville la moins attirante que l’on ait visité durant notre périple. Dès notre arrivée, nous sommes immergés sous un nuage de pollution qui nous empêche de distinguer les montages entourant la ville. Même en montant en haut du Cerro San Cristobal en téléphérique, la vue ne sera pas totalement dégagée. Il faut rajouter à cela le fait que plusieurs chiliens nous mettent en garde contre les vols (de téléphone notamment). On évite donc de se balader jumelles et appareil photo en main dans la ville.

Pour notre première sortie ornitho’ dans le pays, on sort un peu de la ville et on se dirige aux « humedales de Batuco ». On prend le bus, Panamericana, depuis la gare routière La Paz à Santiago jusqu’au village de Batuco. Le bus s’arrête au niveau de l’avenue Argentina. Depuis ici, on décide de marcher une petite heure jusqu’aux humedales. Nous y étions un samedi et en chemin, une famille nous propose de nous prendre à l’arrière du pick-up pour nous amener jusqu’au site.

Nous nous promenons dans un premier temps au Centro Ecologico Fundacion Batuco. Un premier affût au bord d’une lagune nous permet de voir les trois espèces de foulques du Chili : foulque à jarretières (Fulica armillata – Red-gartered Coot), foulque à front rouge (Fulica rufifrons – Red-fronted Coot) et foulque leucoptère (Fulica leucoptera – White-winged Coot). D’autres canards sont aussi présents comme la nette demi-deuil (Netta peposaca – Rosy-billed Pochard), le canard spatule (Spatula platalea – Red Shoveler) ou la sarcelle rousse (Anas castanea – Chestnut Teal). Une tour d’observation est présente dans cette petite réserve. Elle permet d’avoir un point de vue intéressant sur les différents points d’eau. On y découvre ouettes des Andes (Chloephaga melanoptera – Andean Goose), héron cocoi (Ardea cocoi – Cocoi Heron) et blongios varié (Botaurus involucris Stripe-backed Bittern).

A une centaine de mètres de ce premier centre écologique se trouvent d’autres sentiers autour des humedales de Batuco. Toujours libre d’accès, ces sentiers sont des passerelles dans la « roselière ».

On y trouvera l’un des passereaux les plus colorés du Chili : le Tyranneau omnicolore (Tachuris rubrigastra Many-colored Rush Tyrant). El « 7 colores », en espagnol, porte bien son nom car il arbore un plumage jaune, bleu et des teintes d’autres couleurs. Il est souvent accompagné du junquero troglodyte (Phleocryptes melanops – Wren-like Rushbird) se cachant des les massettes, totora ou roseaux. 

En route vers Altos de Lircay

Assez de ville pour nous ! On prend un bus de Santiago du Chili jusqu’à Talca. Après une petite nuit dans cette ville, nous prenons un nouveau bus de la gare routière jusqu’au minuscule village de Vilches Alto. L’objectif est de prendre un bol d’air pur et de se reposer dans un petit chalet en bois situé au bord de la réserve nationale Altos de Lircay. Malheureusement, la visite de ce parc sera impossible car une panne nationale du site web des parcs nationaux nous empêche de rentrer dans le parc. Nous nous rabattrons donc sur la randonnée voisine de Piedras Blancas.

La cible des lieux était l’un des plus beaux pics du Chili avec sa tête rouge flamme : le pic de Magellan (Campephilus magellanicus – Magellanic Woodpecker). Nous aurons la chance immense de pouvoir observer de nombreux individus : mâles, femelles et même des jeunes. Nous verrons aussi d’autres oiseaux emblématiques de ce type de forêt tels que : la conure magellanique (Enicognathus ferrugineus – Austral Parakeet), pigeon du Chili (Patagioenas araucana – Chilean Pigeon), chevêchette australe (Glaucidium nana – Austral Pygmy Owl), épervier du Chili (Astur chilensis – Chilean Hawk) et le très timide tourco à gorge marron (Pteroptochos castaneus – Chestnut-throated Huet-huet). En plus de cette randonnée, nous passerons plusieurs jours sur place à arpenter les différents sentiers. Nous verrons d’autres oiseaux, plus communs, comme le pic bûcheron (Veniliornis lignarius – Striped Woodpecker), picotelle à gorge blanche (Pygarrhichas albogularis – White-throated Treerunner) ou synallaxe rayadito (Aphrastura spinicauda – Thorn-tailed Rayadito). Ce sera aussi notre première et très lointaine observation de l’un des oiseaux les plus immenses et emblématiques du monde : le condor des Andes (Vultur gryphus – Andean Condor).

🏨 Notre hébergement : Cabaña de Siddhartha

Nous avons séjourné dans une petite cabane, chauffée et bien équipée, au pied de la réserve Altos de Lircay dans le petit village de Vilches Alto.

Concepción : Premier rendez-vous avec les oiseaux côtiers

Concepción n’est pas une ville très touristique. Elle n’est d’ailleurs presque jamais présente dans les itinéraires conseillés au Chili. Néanmoins, nous décidons d’y faire un arrêt après notre visite d’Altos de Lircay afin de faire une pause dans notre traversée en bus vers le Sud du Chili. L’agglomération de Concepción n’est effectivement pas des plus belles. Mais nous profitons d’excursions dans les humedales autour de la ville à Caleta Lengua ou Rocuant-Andalièn. Vous pouvez consulter notre article sur les meilleures zones de birdwatching autour de Concepción.

La première espèce longuement observée puis photographiée est la sterne inca (Larosterna inca – Inca Tern) avec sa jolie moustache de Dali. Un oiseau emblématique de la côte Pacifique en Amérique du Sud. Les plages sont par contre extrêmement polluées et remplies de déchets. Cela n’empêche pas les urubus, noir (Coragyps atratus – Black Vulture) et à tête rouge (Cathartes aura – Turkey Vulture), d’être présents en nombre pour se nourrir sur les carcasses de lions de mer échoués. Dans les zones humides, on observera de nombreux oiseaux d’eau comme le grèbe à bec bigarré (Podilymbus podiceps – Pied-billed Grebe), grèbe aux belles joues (Podiceps occipitalis – Silvery Grebe), cormoran de Gaimard (Poikilocarbo gaimardi – Red-legged Cormorant) sur une épave de bateau ou encore le coscoroba blanc (Coscoroba coscoroba – Coscoroba Swan).

🏨 Notre hébergement : Hostal Del Centro

Un petit hôtel, simple, propre, peu cher et efficace, dans la zone étudiante de Concepción. De nombreux restaurants sont présents à proximité et la zone est bien desservie en bus.

Pucón

Quelques centaines de kilomètres de bus plus tard, on se retrouve dans la région volcanique de Villarica et la très belle ville de Pucón. Un grand lac, un volcan, le parc national Huerquehue : il y a plein d’activités à faire et de choses à visiter à Pucón ! Par contre, contrairement à Concepción, c’est un des endroits touristiques du Chili. On a également choisi de faire une excursion dans le parc national voisin avec la randonnée « Circuit des lacs de Huerquehue » qui était d’ailleurs superbe !

En revanche, pour les oiseaux, ce n’est pas un incontournable ! On se contentera de quelques vanneaux téro (Vanellus chilensis – Southern Lapwing), merle austral (Turdus falcklandii – Austral Thrush) et caracara chimango (Milvago chimango – Chimango Caracara) sur les plages de sables noirs ainsi que des canards comme l’érismature des Andes (Oxyura ferruginea – Andean Duck) et le grand grèbe (Podiceps major – Great Grebe) sur le lac. Dans les jolies rues de la ville, c’est les ibis à face noire (Theristicus melanopis – Black-faced Ibis) qui sont présents partout. De quoi tenter quelques photos.

🏨 Notre hébergement : Studio French Andes

A 10 minutes à pied du centre-ville de Pucón, il s’agit de petits studios, mignons et extrêmement bien équipés. Idéal pour se sentir à l’aise.

Valdivia

Toujours en direction du sud, la ville étudiante de Valdivia est la prochaine étape de notre périple ! À la différence de Conception, on trouve un peu plus de charme à cette petite ville. Le centre piéton est dynamique avec de nombreux restaurants et musées, une « costanera » agréable qui longe la rivière et un quartier étudiant abritant un grand parc arboré : l’idéal pour les oiseaux.

Promenez-vous aux alentours du marché aux poissons, histoire d’observer les lions de mer qui se mélangent aux passants et aux pélicans thages (Pelecanus thagus – Peruvian Pelican) pour essayer de gratter des petits morceaux de poissons. Le parc Saval sera le lieu de notre première rencontre avec le grand et bruyant martin-chasseur à ventre roux (Todiramphus farquhari – Vanuatu Kingfisher). Habitué à voir du passage, l’individu ne s’est pas montré très farouche. Tous l’inverse des autres oiseaux observés très brièvement au milieu de zones de végétation dense dans les hauteurs du parc. Parmi eux nous aurons au moins eu la chance d’observer furtivement le mérulaxe des Andes (Scytalopus magellanicus – Magellanic Tapaculo), tourco rougegorge (Scelorchilus rubecula – Chucao Tapaculo), tourco huet-huet (Pteroptochos tarnii – Black-throated Huet-huet) et d’entendre le mérulaxe à flancs ocre (Eugralla paradoxa – Ochre-flanked Tapaculo).

🏨 Notre hébergement : Hostal Valdivia

Ce n’est pas un coup de cœur mais ça fait l’affaire, une petite chambre bien située avec cuisine et salle de bain commune. Les propriétaires sont très sympathiques et les prix sont bas.

Double Puerto : Puerto Varas & Puerto Montt

On alterne toujours entre côte Pacifique et bordure de la cordillère des Andes. Nous avions le choix entre Puerto Montt et Puerto Varas. Nous avons choisi de loger à Puerto Varas après avoir lu de nombreux avis sur la question. Pas de regret avec ses maisons en bois de style allemand, sa vue sur le volcan Osorno et son centre-ville touristique, Puerto Varas a beaucoup plus de charme que sa voisine.

Très peu d’oiseaux nouveaux dans Puerto Varas si ce n’est le cinclode d’Oustalet (Cinclodes oustaleti – Grey-flanked Cinclodes) sur les rives du lac. Nous devrons attendre une excursion à Puerto Montt et à l’embouchure du fleuve Pelluco pour voir de nouvelles espèces comme le brassemer de Patagonie (Tachyeres patachonicus – Flying Steamer Duck), la barge hudsonienne (Limosa haemastica – Hudsonian Godwit), ou le cormoran impérial (Leucocarbo atriceps – Imperial Shag). Nous apprenons aussi à différencier l’huîtrier de Garnot (Haematopus leucopodus – Magellanic Oystercatcher) de l’huîtrier d’Amérique (Haematopus palliatus – American Oystercatcher) étant donné que les deux espèces sont présentes sur les plages et la costanera. Bien que très touristique, une excursion au volcan Osorno et à la Laguna verde nous permettra de voir de beaux paysages et un renard gris (Urocyon cinereoargenteu – Gray fox), malheureusement bien trop habitué aux nourrissages par les humains.

🏨 Notre hebergement : Ma Patagonia Hostel

Un véritable coup de cœur pour cette auberge de jeunesse haut de gamme. Tout est neuf, bien équipé et décoré avec goût. L’ambiance est chaleureuse dans cette grande bâtisse en bois située à côté du centre-ville.

Cap sur l’île de Chiloé

Chiloé, c’est la petite île chilienne authentique située aux portes de la Patagonie. C’est le point le plus au sud que nous atteindrons dans notre voyage au Chili étant donné que nous sommes en hiver et que nous ne sommes pas assez équipés pour des températures plus basses.

La traversée en ferry est rapide (moins de 30 minutes) mais on a la possibilité de monter sur le pont supérieur. Un endroit idéal pour faire du sea watching et observer de nouvelles espèces telles que le manchot de Magellan (Spheniscus magellanicus – Magellanic Penguin), manchot de Humboldt (Spheniscus humboldti – Humboldt Penguin), puffin fuligineux (Ardenna grisea – Sooty Shearwater), cormoran impérial (Leucocarbo atriceps – Imperial Shag) et cormoran de Magellan (Leucocarbo magellanicus – Rock Shag). La très rare oceanite pincoya (Oceanites pincoyae – Pincoya Storm Petrel) est parfois observée sur ce ferry mais nous n’avons pas eu cette chance.

Ancud

La première ville que nous visitons est l’ancienne capitale, Ancud, située sur le Nord de l’île. On y visite le fort, la costanera et les zones humides situées à l’entrée de la ville, vers le pont. On y observera pour la première fois le brassemer cendré (Tachyeres pteneres – Fuegian Steamer Duck), Goéland de Scoresby (Leucophaeus scoresbii – Dolphin Gull), l’ouette marine (Chloephaga hybrida – Kelp Goose) ou encore le fameux canard de Chiloé (Mareca sibilatrix – Chiloe Wigeon).

🏨 Notre hébergement : Hospedaje Ayelen

Il s’agit d’une chambre avec salle de bain privée, à l’étage, chez l’habitant. On ne se sent pas vraiment à l’aise puisqu’il faut sonner pour rentrer dans la maison. Pas l’idéal mais l’un des derniers hébergements disponibles.

Castro

Notre itinéraire se poursuit en direction de Castro, capitale actuelle de Chiloé. Avec ses palafitos, célèbres maisons sur pilotis, et ses églises en bois, Castro est plutôt touristique ! Après un tour en bateau pour observer les fameux palafitos et des flamants du Chili (Phoenicopterus chilensis – Chilean Flamingo), présents uniquement en hivernage sur Chiloé, on part visiter les humedales de Putemun, le village voisin. On peut y découvrir de nouvelles espèces comme le chevalier criard (Tringa melanoleuca – Greater Yellowlegs), chevalier à pattes jaunes (Tringa flavipes – Lesser Yellowlegs), cygne à cou noir (Cygnus melancoryphus – Black-necked Swan) ou encore le troglodyte de Latham (Cistothorus platensis – Grass Wren).

On consacre ensuite notre dernière journée sur l’île à la visite du Parc Tepuhueico. Sans véhicule propre, le trajet n’est pas simple : on prend un bus en direction de Cucao qui nous laisse à l’embranchement de la route qui mène au parc. Là, il nous reste 7km à marcher jusqu’à l’entrée du parc puis, 6km de l’entrée au lac, connu pour être un spot pour l’observation du plus petit cervidé du monde nommé « Pudu ».

Une fois ces différentes étapes terminées, on réussira effectivement à observer l’animal au niveau du lac. En chemin, on aura croisé quelques espèces sympathiques et pas si timides pour une fois : tourco rougegorge (Scelorchilus rubecula – Chucao Tapaculo), tourco huet-huet (Pteroptochos tarnii – Black-throated Huet-huet), synallaxe rayadito (Aphrastura spinicauda – Thorn-tailed Rayadito), pic du Chili (Colaptes pitius – Chilean Flicker). Par chance, au retour, une voiture nous prend en stop et nous dépose dans la ville la plus proche, nous permettant de rentrer à Castro en bus.

🏨 Notre hébergement : Estación Hostel

Nouvelle auberge de jeunesse, propre, économique, chauffée et spacieuse, située au bord de la costanera de Castro.


Castro sera le point le plus au sud que nous atteindrons au Chili. Nous stoppons notre avancée après presque 30 jours à descendre vers le sud. Nous avons observé pas moins de 115 espèces d’oiseaux que vous pouvez retrouver dans notre trip report sur eBird. Nous avons également observé quelques mammifères emblématiques comme le renard gris ou le pudu. Notre voyage ne s’arrête pas là puisque nous remontons jusque Santiago pour découvrir par la suite le nord du Chili. On se retrouve dans un nouvel article !